La plume et l’encre

Écrire pour ne pas se perdre. Écrire pour rester ancré dans la vie. Écrire pour retranscrire des pensées, des émotions brutes.

Combien de peintures et autres dessins qui ne touchent pas au but, qui s’égarent et se dispersent, comme autant de coups d’épée dans l’eau. Il n’y a pas autre moyen que l’écriture pour s’incruster dans la tête d’un homme.

En plein tâtonnement, en marge de tout, écrire pour partir en voyage vers Soi, là où la figuration a profondément épuisé l’esprit et ou le miracle de l’abstraction a ressourcé l’âme. Mais elle, cette liberté graphique salvatrice qui me redonne joie au travail, ne suffit pas, ne suffit plus !

Discrète et parsemée, rarement envahissante, inspirante et sous-jacente, l’écriture a toujours été présente dans mon œuvre graphique, elle en est l’essence même.

Souvenez-vous amis d’antan, votre serviteur avait ses habitudes, ses ustensiles du lettré, la plume et l’encre.

Ce sont mes lectures qui ont engendré mes encres passées et toute ma vie les mots ont été plus forts que les images. Les uns entrainent les autres et, en fin de compte, à l’aube de mes cinquante printemps, je ne peux faire autrement que d’accepter cette évidence : ce sont les mots qui, par leurs instantanéités, ont la fulgurance des images.

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Ombre sèche

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Elle dominait l’ensemble, verte et flamboyante, fière de sa parure puis, la solitude a fini par la sécher.
Le vent lui, à eut raison de son frêle ancrage et elle a dérivé jusqu’à mes pieds.
Je me souviens du jour où je l’ai trouvé. J’imaginais tant de choses.

Elle m’attendait depuis si longtemps…

J’ai pris soin d’elle, observé l’ombre de son corps sur le papier blanc, dessiné ses contours et caressé ses déliés.

Peu à peu, elle s’est effondré…

Elle fut un temps mon alliée,
la muse de mon atelier.

L’Ombre sèche

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Ombre sèche, 2017. Série de quatre photographies

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Ombre sèche, 2018. Technique mixte sur papier, 21 x 27,5 cm

la domination des spectres

dans la grande cité on ne vit que de leurres, de futilités et de perversions. dans l’immensité du désert, l’homme n’est plus seul.

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chant premier – la domination des spectres

psaume un – s’enfoncer dans les ténèbres et trouver un moyen de rejoindre la lumière. en fait plus personne ne croit à la rédemption. parfois je préfère m’assoir et pleurer. regarder par la fenêtre les longues lignes de kérosène comme des fissures dans un ciel immaculé et imaginer un embrasement – un feu de points reliés – dessiner une forme géométrique à la signification occulte. les dernières cloches ont sonné pour annoncer le cortège. ils sont tous là dans leurs plus beaux habits de foire – nains manchots et autres femmes à barbes – la fête foraine se déplace en ville avec son troupeau de curiosités/monstruosités. le petit peuple va se saigner pour assister à la valse des pantins – pitoyable bouffonnerie de personnages incultes difformes et ternes – la fin du mois fera gloire aux ventres vides. non il n’y a plus de place pour vous – merci mais je ne suis que spectateur du massacre.

psaume deux – regard vers l’objet de leur vénération il se porte sur cet homme charismatique aux cheveux de crin. dans une magnifique allocution mystique teintée sauce maison – théologie et aromates – il prône – réduction neurologique – une pensée domestiquée pour un asservissement entièrement dévoué à son appétit nombriliste. la quête du pouvoir. parfois je préfère m’assoir et pleurer. charles s’est gravé une croix sur le front – la famille – il fera la sienne – égyptienne.

psaume trois – le rideau rouge se lève et le spectacle est pitoyable – malsain – tant les corps sont difformes et malmenés. l’écume aux lèvres et les yeux vitreux – automates de chair et de sang – ils sont la risée des cruels – meutes de charognards avides de friture assaisonnée. regarde père comme ils sont affreux ces erreurs de la nature – ces différents – ils sont là devant toi mon fils tels des miroirs inversés pour t’éclairer et te montrer ta perfection. quelques pas de danse désynchronisés ouvrent un spectacle comme un charnier.

psaume quatre – la croix a fait effet et la parole porte haut les couleurs de l’idéologie – il a fait mouche – les serpents sont charmés. surtout ne rien réinventer – la manipulation a déjà de beaux antécédents codifiés – 1969 la belle année.

psaume cinq – dans leurs chaussures de cuirs moulé des meilleurs peaux de bêtes assassinées les ventriloques assument leurs contradictions – à l’autre de parler – je serai un autre que moi qui suis-je. étrange réflexion pour tenter de se justifier et d’apaiser une âme meurtrie par la cruauté. la représentation est terminée – apothéose morbide – quelques cadavres à emballer. l’enfant suprême a faim mais le père a épuisé ses derniers deniers – le spectacle vous a plu monseigneur – à défaut de manger la pulsion est rassasiée.

psaume six – la méditation comme pratique détournée dédiée à le contempler – ils chérissent leur illuminé. le bourdonnement d’une guitare électrique a détrôné le chant du bol de cuivre – Drone.

psaume sept – le petit peuple est heureux et affamé.

psaume huit – la communauté est heureuse et hypnotisée.