La société de travail – 1 mai 2019

Aujourd’hui 1er Mai, comme chaque année, nous fêtons le travail. Je ne résiste pas au plaisir de partager un extrait de la conférence donnée par Anselm Jappe à Bayonne dans le cadre du Forum Social du Pays basque en janvier 2005.

« Une société dans laquelle le travail est le bien suprême est une société aux conséquences catastrophiques, notamment sur le plan écologique. La société du travail est fort peu agréable pour les individus, pour la société et pour la planète entière. Mais ce n’est pas tout. Puisque la société du travail, après plus de deux cents ans d’existence à peu près, déclare à ses membres mis en demeure : « Il n’y a plus de travail. » Voici une société de travail où pour vivre il faut vendre sa force de travail si on n’est pas propriétaire du capital, mais qui ne veut plus de cette force de travail, qui ne l’intéresse plus. Donc, c’est la société de travail qui abolit le travail. C’est la société de travail qui a épousé son besoin de travail en faisant du fait de travailler une condition absolument nécessaire pour accéder à la richesse sociale. »

« Il ne s’agit pas d’un hasard – on pouvait déjà en prévoir les conséquences, ou on aurait pu en prévoir, au début du capitalisme -, parce qu’il y a cette contradiction fondamentale dans le travail capitaliste : d’un côté, le travail est la seule source de richesse, et donc, pour un propriétaire de capital, il vaut mieux faire travailler deux ouvriers plutôt qu’un, et plutôt quatre que deux. De l’autre, si l’on donne une machine à un ouvrier, il va produire beaucoup plus qu’un ouvrier qui n’a pas de machine, qu’un artisan donc, et on peut vendre meilleur marché les marchandises produites. Cela était évident surtout au début de l’ère capitaliste, par exemple lorsque les Anglais, avec le tissu, les vêtements, ont conquis le monde, parce que bien sûr, avec la production industrielle, ils pouvaient facilement battre en brèche toute la production artisanale. Cela veut dire que chaque propriétaire de capital a tout intérêt à donner un maximum de technologie à ses ouvriers et donc à réduire le nombre d’ouvriers pour les remplacer par des machines. Lorsqu’une nouvelle technologie apparaît, cela donne sur le marché un grand avantage aux premiers propriétaires de capital qui emploient ces technologies, car ils peuvent vendre à bas prix. Cependant, la concurrence va annuler ces avantages par la suite, car tous les propriétaires de capital vont se doter de ces machines, s’ils le peuvent ; puis une autre machine sera immédiatement lancée sur le marché, et le procès repartira. »

Bonne fête du travail, ou pas !