La ventilation des pouvoirs (Domination, abondance et résistance) – 18 avril 2019

Il va de soi que cette technique va laisser des traces. Une subtile organisation de propulsion vers la lumière. Il faut applaudir et célébrer le succès de ce simulacre. Publicité et propagande prennent enfin toute leur envergure dans une opération pleinement réalisée et cela, en toute transparence. Poussé dans l’arène, choisi pour servir et mourir sous les projecteurs, le pouvoir fantasmé d’un pantin de servitude. Cristallisant les espoirs d’une masse dépossédée ou dernier rempart face au démon fabriqué, le gourou moderne gesticule dans les appareils froids de l’information.

Le nouveau roi est couronné, le monde est fasciné par sa seule présence et le système est apaisé. La logique du simulacre a bien fonctionné.

La domination

Quand les lobbies font pression avec succès sur les politiques, quand une partie des médias dépendent d’intérêts industriels ou financiers, quand les politiques font des affaires avec les lobbies, quand les lobbies font des affaires avec les médias qui eux-mêmes font des courbettes aux politiques… Bon, on commence à comprendre le fonctionnement général de ces réseaux d’intérêts mafieux et, malgré une indignation relative, tout le monde s’en fout et retourne vaquer à ses occupations de domestiqué. Un scandale chasse un autre scandale, une info anéantit l’autre et le travailleur travaille, consomme et évite de trop réfléchir en accumulant les distractions. Il y a plusieurs siècles, Étienne de La Boétie nous expliquait déjà les rouages de la servitude volontaire et depuis la fin du siècle dernier, Noam Chomsky met en évidence les mécanismes de la propagande du couple pouvoirs/médias.

« Les médias constituent un système qui sert à communiquer des messages et des symboles à la population. Ils ont vocation à distraire, amuser, informer, et à inculquer aux individus les croyances et codes comportementaux qui les intégreront aux structures sociales au sens large. Dans un monde où les les richesses sont fortement concentrées et où les intérêts de classe entrent en conflit, accomplir cette intégration nécessite une propagande systématique. »

Noam Chomsky (La fabrication du consentement).

Dernièrement, les mouvements « Occupy Wall Street », celui des « Indignés » ou encore « Nuit debout » ont montré qu’il était encore possible de résister – même si s’organiser et perdurer reste compliqué. Depuis plus de 5 mois, le mouvement des gilets jaunes occupe la une des médias. Symbole d’une société à bout de souffle, cette mobilisation prometteuse et sincère s’éparpille et se désagrège lentement. À son apogée, malgré le soutien majoritaire de la population, la révolte n’a pas réussi à fédérer des millions de gens dans la rue. Manipulations, répression, mésententes internes, conspirations, populisme, complotisme, crédibilité de certains leaders, récupération, violence… Le mouvement a échappé peu à peu à ses militants.

Alors, pourquoi tant d’oisiveté de la part de la masse ? Pourquoi le mirage électoral continu de fonctionner et pourquoi le peuple continu à mettre son destin entre les mains de l’oligarchie ? Pourquoi il geint à longueur de journée en étant si peu engagé socialement et politiquement ? Pourquoi ?

Le rapport entre dominants et dominés est essentiel pour tenter de comprendre :

Au fur et à mesure que progresse la domination, notre capacité de réflexion, d’analyse et d’engagement dans la société régresse, entraînant un effondrement de notre pouvoir de décision, de nos libertés et de notre vie privée. Les chances d’initier un débat critique et de se réapproprier notre destin individuel et collectif s’amenuisent et notre avenir évolue vers une forme de soumission totale.

Le mirage de l’abondance

Pourquoi baser une vie entière sur l’illusion du capitalisme, du matérialisme et de l’objet/roi ? La possession comme moyen d’émancipation personnel est un leurre. Un leurre d’autant plus pervers qu’il est une des sources premières de servitude.

Pour faire avaler un médicament à un enfant, il faut user de ruse et créer l’enchantement. Avec le culte de la technologie, du progrès et de la croissance, voici l’avènement du temps de l’évasion irresponsable qui résonne comme LE miracle pour les héritiers légitimes du capitalisme que nous sommes. Un miracle creux. L’accumulation de distractions futiles – tant matérielles que visuelles – n’est qu’un antidote éphémère à la dégénération intellectuelle. En aucun cas il est un frein à l’infantilisation des masses, noyées dans les méandres de la soupe hypnotisante de cet hyper-réalisme proposé par les GAFAM, les médias de masse et les grandes multinationales. Cette lobotomie programmée de la population – bien trop occupée par sa survie au cœur de l’action vide, n’a qu’un seul but : contrôler et vendre. L’instant irréel prend donc le pas sur la réalité au détriment de l’instant réel qui lui, est sacrifié au bénéfice du pouvoir alloué à de tristes maîtres.

Résistance

La ventilation des pouvoirs (Domination, abondance et résistance)

Depuis quelques années néanmoins, face à l’urgence climatique, les tragédies humaines et les successives régressions sociales, voici venir les prémices d’une lente et méthodique dégénérescence de notre mode de fonctionnement « démocratique » associé à une destruction programmée de notre modèle de société inégalitaire basé sur le simulacre du capitalisme. La rupture entre le pouvoir et le peuple n’a jamais été aussi présente. Le mensonge et la manipulation sont tels qu’il est difficile aujourd’hui pour les maîtres de duper les esclaves. Même s’il persiste encore une majorité de gens sous l’influence des pouvoirs et de leurs dogmes, une résistance est en gestation dont le devenir est prometteur.« Nous devons garder les combustibles fossiles dans le sol et nous devons mettre l’accent sur l’équité. Et si les solutions au sein du système sont si impossibles à trouver, nous devrions peut-être changer le système lui-même. »

Greta Thunberg – Discours devant la COP24

De Emma González (militante américaine pour le contrôle des armes à feu) à Greta Thunberg (militante suédoise pour le climat), une nouvelle génération fait souffler un vent de changement sur notre société. Cette jeunesse – à l’engagement qui force le respect, redonne de l’espoir au vieux militant que je suis. Si cette nouvelle générations ne s’attarde pas sur son pouvoir d’achat et priorise l’effondrement écologique et le réchauffement climatique, j’ai espoir qu’elle engendre une nouvelle société basée sur des valeurs de partage, de respect du vivant, d’unité et d’harmonie avec notre environnement.

Mais ne nous emballons pas car souvent, les grands mouvements d’espoir ont fini par être avalés par la bête, voire basculer dans un populisme totalitariste.