Ink Story – Histoire d’encre – 22 mars 2019

Quelqu’un m’a demandé récemment pourquoi j’ai réalisé cette série d’encres intitulée « Ink Story ». Je fut étonné que l’on se souvienne encore de ces dessins après toutes ces années. Il y a bien longtemps que je ne les ait plus diffusé et mes recherches sur internet dans l’espoir de les voir figurer sur un blog obscur et/ou abandonné se sont soldées par un échec. Sur le moment, ma réponse fût simple : c’est un hommage à la bande dessinée.

Depuis mon retour d’Inde, après plusieurs mois d’errances/expériences artistiques, je me rend compte de la nécessité de travailler sur une nouvelle version de mon site internet, ne serait-ce que pour des raisons commerciales, même si personnellement, après des années tourbillonnantes, j’apprécie ce retour à une certaine forme d’anonymat. L’idée alors de plonger dans mes archives et de méthodiquement et chronologiquement publier mes faits d’armes me déprime profondément. En effet, j’ai tendance à prioriser le moment présent, voir le futur proche et de me servir du passé comme d’un passage, une suite d’expériences qui font ce que je suis, le tout sans nostalgie ni regrets.

La présentation de mon travail commercial et de mon travail personnel est également source à confusion. Comment garder une ligne cohérente entre mon œuvre « intime » et celle réalisée pour des clients. Un combat permanent !

Hier soir, je suis tombé sur cette citation d’Henry Miller : « Je déteste tous les livres qui suivent la chronologie, qui commencent au berceau et finissent à la tombe. La vie ne se déroule pas comme ça, même si les gens le croient. La vie commence à l’heure de la naissance spirituelle, qui peut être dix-huit ans ou quarante-sept. »

Une révélation ! Au-delà de la naissance spirituelle (matière à un article en devenir) et de la coïncidence sur l’age – 47 bien sûr, cette citation a fait péter un verrou dans mon cerveau et m’a offert la solution pour résoudre mon problème : abandonner toute chronologie et puiser avec parcimonie dans le passé pour créer au présent sous forme d’articles détaillés qui se glisseront de temps à autres dans l’actualité. Une sorte de biographie chaotique et inspirée où les œuvres et les expériences se croisent et se répondent. Enjoy!

Ink Story - Leonard Peltier

Ink Story – Leonard Peltier, 2009. Encre sur papier, 50 x 70 cm

Sur cette base, revenons à cette fameuse série d’Ink Story. Début 2009, j’entame une série d’œuvres de grand format à l’encre de Chine en hommage au 9ème art sur le thème de la justice, en vue d’une exposition collective en Angleterre. Ces « Histoires d’encre » me renvoient à mes premières années de création consacrées exclusivement à la bande dessinée, premier amour qui m’enferme dans ma chambre de longues heures pendant que mes copains jouent au ballon. Pendant 10 ans (de 7 à 17 ans) j’ai ainsi noirci des centaines de planches, dessiné des milliers de cases remplies de bulles (que je surchargeais de textes soporifiques inutiles) et écumé les festivals de France et de Navarre pour y présenter mes gribouillis d’adolescent. J’ai ensuite entamé un pavé de 200 pages dont le thème central était les révoltes amérindiennes des années 70, l’AIM, les droits civiques et le siège de Wounded Knee en 1973. Le livre n’a jamais été publié et j’ai offert les planches originales à un ami qui organisait des expositions dans les réserves indiennes d’Amérique du nord.

Progressivement, je me suis tourné vers l’illustration, moins laborieuse.

Ink Story - Leonard Peltier

Ink Story – Mug shot, 2009. Encre sur papier, 50 x 70 cm

Justice Group Show

Justice Group Show – The Long Arm Gallery Bridewell St (Old police station) – Bristol UK, 2009

Avec cette série, créée spécialement pour l’exposition de groupe « Justice » à Bristol en 2009, j’effectuai donc un retour à ce médium qui m’avait accompagné de l’enfance à l’âge adulte. Un médium de transition qui fut la source de mes plus grands rêves, de mes plus grands espoirs. Et comme la vie est souvent bien foutue, c’est cette série qui a fait décoller ma carrière. C’est grâce à elle que Nike m’a recruté 5 ans pour réaliser des « Ink Story » T-shirts.

Quand le passé influence le présent et que le travail personnel croise le commercial…

Nike Kobe Boys Basketball T-shirt
Nike Kobe Boys Basketball T-shirt

Nike Kobe Boys Basketball T-shirt // Client : Nike US, 2010

Nike Rafa Ace Graphic T-shirt
Nike Rafa Ace Graphic T-shirt

Nike Rafa Ace Graphic T-shirt // Client : Nike US, 2011

Je finirai cette histoire d’encre par cette autre citation qui me conforte dans mon choix éditorial :

« Que peut-il y avoir de plus fictif que l’histoire de sa propre vie ? A force de polir ses souvenirs, on se perd, on devient un autre – soi, peut-être. »

Béatrice Commengé (Henry Miller, ange, clown, voyou, Plon, 1991)