bruno leyval


artiste et poète conceptuel


À l'esprit et à la chair

C’est dans les rues transversales que j’ai croisé les plus grands cnidaires
caressé la symétrie radiale
un seul ocelle — vision dorsale

À l'esprit et à la chair —
une invocation sinueuse (entre débris et mystères).
Il me semble vain toute tentative de transformation —
que d'une matière, par de multiples subversions,
nous obtenions une autre matière qui tend au divin.

Les anges sont endormis et ils ronflent violemment.

Alors, à tous —
ceux qui marchent dans les supermarchés illuminés à trois heures du matin avec les poches pleines de factures et le cœur troué comme une vieille veste
ceux qui parlent aux néons comme à des saintes diodes électroluminescentes
ceux qui sombrent dans les poubelles pleines d’urine à la recherche d’un bonnet de laine
ceux qui cherchent Dieu dans le bruit des frigos et des autoroutes — parfois dans les rivières
ceux qui ronflent avec les anges

Alors, à tous —
je dis bravo, vous avez plus de courage que n’importe quelle méduse.

Et de la foi,
il ne me reste qu’un goût amer —
un éclat d’arachide coincé au fond de la gorge du soir,
(impossible à avaler, impossible à recracher)

Je tousse des prières sèches,
poussière d’autel,
vieilles syllabes fendillées.

Autrefois,
je voulais un ange phosphorescent
avec un tambour sacré dans le crâne,
un vacarme de lumière
pour couvrir le doute.

Mais l’ange clignote.
Le tambour résonne creux.

Il ne reste que ce goût persistant,
ce sel rance sur la langue,
et le silence des ombrelles.



3 mars 2026