Au-dessus du vide

Une grande toile s’impose au centre de l’atelier. La partie supérieure est chargée de signes, de traces et autres griffures automatiques et nerveuses. La partie inférieure résiste encore, vierge et effrontée. C’est une simple association d’idées qui va finir par effacer les traces confortablement installées au-dessus du vide. Attendant l’instant où il n’y aurait plus rien à dire, je griffonne un dernier mot trouvé au hasard en parcourant « La peste » d’Albert Camus.

Silence (Des voix, des appels, le silence revenu…)

Le mot de trop qui fait basculer l’ensemble. Le déséquilibre est violent. La peinture blanche finit par recouvrir la surface, comme une rature éclairant les difficultés d’un vocabulaire complexe et fuyant. Si proche et déjà si lointaine… La partie inférieure a gagné.

Fatigué par cette bataille perdue et submergé par une profonde détresse, je m’égare un instant sur les quelques feuilles qui jonchent le sol de l’atelier – expériences graphiques non abouties et parfois frustrantes, jamais inutiles. Ces dessins semblent nés du hasard, œuvres automatiques et ironiques, matière première à d’autres œuvres en devenir. Ils vont être sacrifiés, déchirés, triturés, puis intégrés à d’autres œuvres qui finiront par les avaler… En silence.

brunoleyval

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