Saison de verre

Ton casque rivé sur les oreilles, incrusté dans ton canapé légèrement défraîchit, tu passes « Imagine » en boucle sur ta platine.

Je me souviens de ce jour de décembre 1980 – j’avais tout juste 9 ans, quand j’ai entendu la terrible nouvelle à la radio. John Lennon est mort assassiné à New York. J’ai attendu que tu rentres pour te l’annoncer. Je me souviens de ton regard.

L’année suivante, Yoko Ono à sorti l’album « Season Of Glass » dont la photographie de couverture s’est gravée à jamais dans ma mémoire. Les lunettes de Lennon tachées de sang, un verre d’eau, une fenêtre et Central Park en toile de fond. Il y a quelques années, de passage à New York, je suis resté un long moment devant le Dakota Hôtel, espérant trouver la fenêtre de la pochette.

Hier, au fond d’un couloir froid, dans ta chambre inondée par la lumière hivernale, sur le rebord de fenêtre, une présence qui ressemble au passé.

Une évidence instantanée !

« Imagine » n’est jamais très loin… Quand tu rentreras papa, on aura la chance de pouvoir encore l’écouter ensemble.

brunoleyval

Une bien belle parure

une bien belle parure que tu as
pour un dernier repas
des perles de couleurs – le rouge et le bleue
renvoient à un artisanat lointain
une sur deux

il te manque quelques plumes
empreintes-les à un oiseau solaire
ou a un rapace diurne
fait donc quelque chose
n’importe quoi

un tatouage ?

de longues lignes sur ton bras
symbole sacré qui favorise le dialogue
avec eux, de l’autre côté
n’oublie pas que ce sont des protections
tu pourrais en avoir besoin

c’est ton crâne que voilà, légèrement bleuté
délimiter les orbites avec un crayon gras
du blanc sur du noir, du brun et du rouge
un dessin de revenant

tu préfères les paysages colorés
ils sont plus rares

brunoleyval

Une bien belle parure, 2018. Technique mixte sur papier, 29,7 x 40,7 cm

7669 chambre

Le voyage est en pause

La lumière s’évapore
laissant place
au mur opaque
d’un réveil brutal

Naviguer à nouveau comme
alternative à la brume qui vacille
la possibilité d’abandon
aux méandres incertains

Une suite de chiffres
annonce la couleur

La froideur du lieu
au rythme des sons cardiaques
Ô vieux capitaine, que les signes de vie sont…

…toujours précieux

brunoleyval

La plume et l’encre

Écrire pour ne pas se perdre. Écrire pour rester ancré dans la vie. Écrire pour retranscrire des pensées, des émotions brutes.

Combien de peintures et autres dessins qui ne touchent pas au but, qui s’égarent et se dispersent, comme autant de coups d’épée dans l’eau. Il n’y a pas autre moyen que l’écriture pour s’incruster dans la tête d’un homme.

En plein tâtonnement, en marge de tout, écrire pour partir en voyage vers Soi, là où la figuration a profondément épuisé l’esprit et ou le miracle de l’abstraction a ressourcé l’âme. Mais elle, cette liberté graphique salvatrice qui me redonne joie au travail, ne suffit pas, ne suffit plus !

Discrète et parsemée, rarement envahissante, inspirante et sous-jacente, l’écriture a toujours été présente dans mon œuvre graphique, elle en est l’essence même.

Souvenez-vous amis d’antan, votre serviteur avait ses habitudes, ses ustensiles du lettré, la plume et l’encre.

Ce sont mes lectures qui ont engendré mes encres passées et toute ma vie les mots ont été plus forts que les images. Les uns entrainent les autres et, en fin de compte, à l’aube de mes cinquante printemps, je ne peux faire autrement que d’accepter cette évidence : ce sont les mots qui, par leurs instantanéités, ont la fulgurance des images.

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Ombre sèche

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Elle dominait l’ensemble, verte et flamboyante, fière de sa parure puis, la solitude a fini par la sécher.
Le vent lui, à eut raison de son frêle ancrage et elle a dérivé jusqu’à mes pieds.
Je me souviens du jour où je l’ai trouvé. J’imaginais tant de choses.

Elle m’attendait depuis si longtemps…

J’ai pris soin d’elle, observé l’ombre de son corps sur le papier blanc, dessiné ses contours et caressé ses déliés.

Peu à peu, elle s’est effondré…

Elle fut un temps mon alliée,
la muse de mon atelier.

L’Ombre sèche

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Ombre sèche, 2017. Série de quatre photographies

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Ombre sèche, 2018. Technique mixte sur papier, 21 x 27,5 cm