Journal // Une fêlure, un miroir comme un mur
Date de publication : 21 Oct 2020 - 16:26:47

Parfois rondes – rarement, souvent nerveuses et rachitiques – essentiellement, les lignes grattent le papier comme autant de cicatrices. Elles le transpercent parfois. Une grande toile trône au milieu de la pièce. De multiples couches de peinture la recouvrent, témoignages tumultueux de plusieurs vies d’errance.

Bien des possibles, bien des chemins disponibles et ce blanc, toujours ce blanc, qui s’enfuit sous le graphite rageur et qui reste indomptable et libre… Définitivement.

Un blanc d’azur, une fêlure, un miroir comme un mur


Journal // Toujours là-bas, loin
Date de publication : 20 Oct 2020 - 13:58:56

Il y avait bien des années que je n’avais pas pris le temps de l’abandon. S’abandonner à l’oisiveté et au plaisir de ne rien faire, simplement. Une attitude qui demande pourtant un sérieux effort.

L’après-midi s’annonçait lente comme les déplacements de cet escargot à la coquille cabossée qui creusait des sillons sur la fenêtre de ma chambre. Je l’observais longuement avec admiration. Chacun de ses mouvements – d’une lenteur et d’une grâce absolue, semblait millimétré et au service du but à atteindre. Ses antennes ouvraient un chemin patient, une trajectoire ou l’abandon temporel semblait être la seule destination. Après de multiples pauses bien méritées, il finit par s’éclipser en me laissant comme seul témoignage de sa présence, quelques traînées sur le verre fumé.

J’ai pris une grande feuille blanche et à l’encre, j’ai tenté de reproduire l’œuvre qu’il avait laissée.


Journal // L’art de l’engagement ou la trahison des ambitions de résistance
Date de publication : 9 Oct 2020 - 14:14:41

Bien que l’engagement puisse sembler courageux pour un artiste, pour qu’elle raison ses prises de positions publiques sont-elles souvent consensuelles et creuses ? Je me suis souvent posé cette question et les derniers pitoyables manifestes d’artistes moralisateurs me poussent à livrer ces quelques éléments de réponse.

Un artiste fait de l’art par définition et, c’est à travers son art qu’il véhicule ses émotions, ses convictions, ses utopies… À partir du moment où il sort de ce schéma, qu’il affiche clairement ses convictions et qu’il s’engage dans un combat – humanitaire, politique, écologique ou sociale, il perd mécaniquement la partie de son public qui ne partage pas les mêmes opinions. C’est en partie pour cette raison de popularité économique que la majorité des artistes ont une posture de réserve ou ne s’associent qu’à des causes dites «nobles» et sans risque. La perspective d’une carrière atomisée en plein vol calme beaucoup d’ardeurs. Cette posture «noble et sans risque» n’est pas de l’engagement, tout juste une crise de courage pour se donner bonne conscience ou flatter une partie de la population dans un but commercial, voir redorer une image après des dérives égocentriques et autres frasques médiatiques.

Nombres sont ceux qui, dans le sens du vent, utilisent la contestation comme stratégie médiatique/commerciale. Le public n’est pas dupe et in fine, il s’apercevra du simulacre.

Que peut faire alors l’artiste engagé, réellement désireux de porter un message en dehors des «circuits autorisés», quand s’écroule ce monde dans lequel il puise l’essence de sa vie et de son œuvre ?

Pour renouer avec l’instinct de la révolte, il faut en assumer les conséquences. Tout est question de constance, de degrés d’engagement et de fidélité envers celui-ci. Le militantisme n’est pas sources à paillettes et récompenses. Il est synonyme de rupture et de sacrifices.

Sur cette base, amis artistes, encore un petit effort pour être révolutionnaires.


Journal // Un langage personnel
Date de publication : 3 Oct 2020 - 13:35:23

Du tâtonnement au doute, état de profonde solitude face au vide. Il faut savoir s’éparpiller pour mieux se recentrer. La construction d’une œuvre est comparable à une plante protéiforme à plusieurs ramifications. Quelques traits hésitants comme un accident puis, mentalement se forme un vague cheminement. Heureux celui qui se contente d’une formule plaisante, éternellement répétée, qui le met à l’abri de toute tempête cérébrale. Il déroule simplement à l’infini un concept qui un temps, a fait de lui un artiste dans le vent. Les tableaux s’enchaînent et se ressemblent comme les sourires qui se figent sur les visages de ses fidèles clients. Pourquoi se torturer, donnons leurs simplement à manger.

La création d’un langage personnel, identifiable à souhait, devient la pierre angulaire d’un désir d’histoire. Rare est celui qui bifurque en plein vol. Rare est celui qui assassine son médium. Rare est celui qui ose la métamorphose. Il faut tenter l’entrée du labyrinthe et se perdre mille fois pour trouver son chemin. J’aime l’idée d’effacer les automatismes du confort et de rayer les certitudes moelleuses pour engranger une renaissance avec comme tout bagage, le maigre patrimoine qu’est l’essence.

L’essence, cette lueur enfouie au fond de l’être qui vous pousse chaque matin vers des contrées lointaines, de nouveaux paysages mystiques peuplés de chimères argentées. La fulgurance d’un trait jeté sur le papier qui, comme une première goutte de sang, vous entraîne vers l’inconnu – parfois le chaos, mais qui est tellement plus enrichissant que la douleur confortable de la stabilité du quotidien. À fleur de peau, dans une transe à demi maîtrisée, s’ouvre alors devant les globes mous bien écarquillés, un univers intérieur où tourbillonnent les trois règnes dans une danse synchronisée.