JOURNAL ET AUTRES NOTES


L’art, mes enfants, c’est d’être absolument soi-même - 20 juin 2018

Dans son recueil intitulé « Bonheur », Paul Verlaine écrit ceci : « L’art, mes enfants, c’est d’être absolument soi-même / Et qui m’aime me suive et qui me suit qu’il m’aime / Et si personne n’aime ou me suit, allons seul. »

Connectée à de sombres jours, sur l’ensemble des réseaux sociaux, l’âme perdue s’invente un personnage et fantasme une vie qu’elle s’emploie à gâcher dans sa triste réalité. Rythmée au nombre de j’aime, au mirage des suiveurs, elle est adulée un instant puis, noyée définitivement dans le fil d’actualités compresseur. À coup de comptes d’existences, elle s’emploie à fabriquer son mythe indécent. À l’autre bout du néant, elle propose une belle intention de se nuire comme une jouissance déviante sous tutelle féodale, écartelée à la gloire de son châtiment.

Ce n’est qu’un exemple, un trouble de génération, un écran/leurre identitaire.

Le mouvement du réel nécessite la perspective d’un échec de progression personnel – non un abandon définitif mais plutôt un passage sans regrets – encore faut-il pouvoir évaluer sa puissance cumulative. Il semble plus simple sur la ligne de départ, d’atteindre par un quelconque raccourcis illusoire, une arrivée qui entre-temps s’est décomposée sur l’autel de la facilité attractive. Idéaliser dans son miroir de cristaux liquides, l’âme perdue se désagrège lentement face à son reflet désespéré.

La vie n’est qu’un bref silence dont le souffle nous échappe. Pour combler ce vide, nous tentons en vain d’y injecter des projets, des buts, des croyances, des rêves et souvent, des mensonges. Mais s’impose à nous régulièrement un cruel constat : le futur de la vie n’est que la mort et donner un sens à cette vie – effort dérisoire – n’est qu’un moyen parmi d’autres d’occulter l’inévitable. Sous l’eau à se débattre, face à une noyade programmée, l’identification multiple nous plonge dans l’illusion d’être un autre et apaise le non-être, quitte à accepter une trajectoire descendante vers le triste constat de ne plus être.

« L’art, mes enfants, c’est d’être absolument soi-même ». Ces mots doivent résonner encore et encore dans le creux gélatineux de nos cervelles, comme une gangrène salvatrice d’un mal bordé de dupes qui nous ronge inexorablement. Être soi-même c’est accepter de n’être que soi. Ni bien, ni mal, ni mieux, ni moins bien, ni plus, ni moins, rien de moins… Rien de moins que soi-même.


#hashtags - 16 juin 2018

La popularité d’une image sur les réseaux sociaux est dépendante de la pertinence des mots clefs (#hashtags) qui lui sont associés. Plus la pollution par le dièse est importante, plus l’interaction sera importante. C’est le texte et l’algorithme qui sacralisent l’image. #simulacre