BRUNO LEYVAL

L’art de l’engagement ou la trahison des ambitions de résistance

Bien que l’engagement puisse sembler courageux pour un artiste, pour qu’elle raison ses prises de positions publiques sont-elles souvent consensuelles et creuses ? Je me suis souvent posé cette question et les derniers pitoyables manifestes d’artistes moralisateurs me poussent à livrer ces quelques éléments de réponse.

Un artiste fait de l’art par définition et, c’est à travers son art qu’il véhicule ses émotions, ses convictions, ses utopies… Du moment où il sort de ce schéma, qu’il affiche clairement ses convictions et qu’il s’engage dans un combat - humanitaire, politique, écologique ou sociale, il perd mécaniquement la partie de son public qui ne partage pas les mêmes opinions. C’est en partie pour cette raison de popularité économique que la majorité des artistes ont une posture de réserve ou ne s’associent qu’à des causes dites «nobles» et sans risque. La perspective d’une carrière atomisée en plein vol calme beaucoup d’ardeurs. Cette posture «noble et sans risque» n’est pas de l’engagement, tout juste une crise de courage pour se donner bonne conscience ou flatter une partie de la population dans un but commercial, voir redorer une image après des dérives égocentriques et autres frasques médiatiques.

Nombres sont ceux qui dans le sens du vent, utilisent la contestation comme stratégie médiatique. Le public n’est pas dupe et in fine, il s’apercevra du simulacre.

Que peut faire alors l’artiste engagé, réellement désireux de porter un message en dehors des «circuits autorisés», quand s’écroule ce monde dans lequel il puise l’essence de sa vie et de son œuvre ?

Pour renouer avec l’instinct de la révolte, il faut en assumer les conséquences. Tout est question de constance, de degrés d’engagement et de fidélité envers celui-ci. Le militantisme n’est pas sources à paillettes et récompenses. Il est synonyme de rupture et de sacrifices.

Sur cette base, amis artistes, encore un petit effort pour être révolutionnaires.

Novembre 2019