BRUNO LEYVAL

"Il y a longtemps déjà que les anarchistes ont établi que la loi n’est que la raison du plus fort, un instrument, aux mains de ceux qui détiennent le pouvoir, pour légitimer, aux yeux des imbéciles, les écarts de leur outrecuidance, les mesures de précaution qu’ils prennent en vue de défendre leurs privilèges, ceux de leurs souteneurs et soutenus."

Le Fétichisme de la loi, Jean Grave, éd. Les Temps nouveaux, n° 7, 1895

Le Fétichisme de la loi (Jean Grave)

Le Fétichisme de la loi (Jean Grave), 2019. Encre sur papier, A4

"Toute société basée sur des lois humaines, et c’est le cas de toutes les sociétés passées et présentes, ne peut donc satisfaire pleinement l’idéal de chacun. Seule, la minorité d’oisifs qui, par ruse et par force, a su s’emparer du pouvoir et en use pour exploiter à son profit les forces de la collectivité, seule, cette minorité peut y trouver son compte, et s’intéresser à la prolongation de cet ordre de choses. Mais elle ne peut le faire durer que grâce à l’ignorance qu’ont les individus sur leur propre personnalité, sur leurs possibilités et leurs virtualités.

Mais, quelle que soit leur ignorance, lorsque la compression est trop forte, ils se révoltent. Voilà pourquoi nos sociétés sont si instables, pourquoi les lois sont constamment violées par ceux qui les font, ou qui sont chargés de les appliquer, lorsque leur intérêt les y incite ; car, basé sur la force, c’est à la force qu’ont recours tous ceux qui au pouvoir, veulent s’y maintenir, ou y monter lorsqu’ils n’en sont encore qu’à sa poursuite.

Faites pour être appliquées à tous, et pour contenter tout le monde, les lois froissent plus ou moins tout individu qui, de ce fait, veut les abolir ou modifier lorsqu’il les subit, mais veut les renforcer lorsque c’est son tour de les appliquer.

Cependant des aspirations nouvelles se font jour quand même, et lorsque l’antagonisme devient trop grand entre ces aspirations et les lois politiques, la porte s’ouvre toute grande aux bouleversements et aux révolutions.

Et il en sera toujours de même tant que pour guérir le mal fait par une loi reconnue mauvaise, on n’aura pas d’autre remède à apporter que l’application d’une loi nouvelle."

L’Anarchie, son but, ses moyens, Jean Grave, P. - V. Stock, 1899