BRUNO LEYVAL

« Il n’y a ni bon ni mauvais usage de la liberté d’expression, il n’en existe qu’un usage insuffisant. »

« Rien n’est sacré. Chacun a le droit d’exprimer et de professer à titre personnel n’importe quelle opinion, n’importe quelle idéologie, n’importe quelle religion.
Aucune idée n’est irrecevable, même la plus aberrante, même la plus odieuse.
Aucune idée, aucun propos, aucune croyance ne doivent échapper à la critique, à la dérision, au ridicule, à l’humour, à la parodie, à la caricature, à la contrefaçon. « Je le répéterai sur tous les tons, écrivait déjà Georges Bataille, le monde n’est habitable qu’à la condition que rien n’y soit respecté. » Et Scutenaire : « Il est des choses avec lesquelles on ne plaisante pas. Pas assez ! »
Ce qui sacralise tue. L’exécration naît de l’adoration. Sacralisés, l’enfant est un tyran, la femme un objet, la vie une abstraction désincarnée.
Quiconque s’érige en messie, prophète, pape, imam, pope, rabbin, pasteur et autre gourou a le droit de crier au blasphème, à l’anathème, à l’apostasie, dès l’instant que l’on persifle son dogme, sa croyance, sa foi, mais qu’il ne s’avise pas de susciter une interdiction judiciaire à l’encontre des opinions qu’il exècre ni d’en vouloir interrompre la diffusion en menaçant leur auteur selon des méthodes d’Inquisition, de charia ou de mafia, que le sens humain révoque à jamais. »

Raoul Vaneigem - Rien n’est sacré, tout peut se dire - Réflexions sur la liberté d’expression. Éditions La Découverte, 2003

Rien n'est sacré (Raoul Vaneigem)

Raoul Vaneigem, 2019. Encre sur papier, A4