07.08.2026
C’est sans doute une question de choix, dit-on, mais précisément ce n’en est pas une, ou si c’en est une, c’est une de ces prétendues questions de choix auxquelles on se raccroche pour donner une apparence de liberté à ce qui, depuis longtemps, ne relève plus que de la nécessité, de cette impossibilité obstinée, presque organique, de faire autrement. Le choix n’est qu’un mot pâle posé sur une évidence plus ancienne que lui, plus solide que lui : je ne peux pas faire autrement. J’ai beau me contraindre, m’exhorter à m’enflammer de nouveau, chercher dans toutes les aventures, les plus grandioses, les plus sauvages, les plus prétendument divines, une étincelle qui justifierait encore le mouvement, rien ne prend. Rien n’a jamais véritablement repris. Le feu ne s’est pas seulement éteint, il a disparu jusqu’au souvenir de sa chaleur. Je me surprends encore à regarder les images comme autrefois, avec l’idée absurde qu’elles finiront bien par produire ce qu’elles produisaient jadis, mais elles ne produisent plus rien. Elles sont là, parfaitement intactes, et c’est précisément leur intacte présence qui révèle l’étendue de leur absence. Ce n’est pas l’image qui s’est vidée, c’est moi qui ai cessé de pouvoir y trouver cette jouissance dont je croyais, naïvement, qu’elle lui appartenait. Baudrillard disait que les images montrent tout et que, précisément pour cette raison, il n’y a plus rien à voir. Elles exhibent le monde jusqu’à son épuisement, jusqu’au point où l’excès de visibilité se renverse en aveuglement. C’est peut-être cela, écrire après l’orage : continuer à produire des images alors même qu’elles ne se donnent plus à voir, écrire comme on avance dans une lumière devenue si uniforme qu’elle abolit toute apparition. Non pour retrouver ce qui s’est perdu — cela serait encore une illusion, mais pour accompagner cette disparition, pour lui donner une forme, sachant déjà que toute forme est vouée à se défaire au moment même où elle apparaît. Un merle s’envole vers l’arbre voisin. Je lui épargne une capture pixelisée.
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journal — @brunoleyval