10.08.2026
C’est une évidence, peut-être même une vérité. Non. Justement, pas une vérité, pas du tout, puisque la vérité n’existe pas, n’existe plus, en fait, et peut-être n’a-t-elle jamais existé autrement que comme cette idée commode que nous plaçons au-dessus des choses pour nous dispenser de les regarder. Sans preuve, la vérité n’est pas une vérité, elle n’est qu’une affirmation parmi les autres, une conviction qui attend encore son témoin, mais sans vérité, à l’inverse, que devient la preuve, sinon un simulacre de preuve, une pièce à conviction abandonnée dans un monde où plus personne ne sait ce qu’elle est censée démontrer. Ainsi, la preuve réclame la vérité pour être preuve et la vérité réclame la preuve pour être vérité, et l’une comme l’autre ne cessent de se renvoyer l’absence de ce qui leur manque. Dans les arbres, des formes se dessinent, se cherchent, se rassemblent, et finissent par composer des êtres puissants, majestueux, comme s’ils avaient toujours été là, dissimulés dans le bois, attendant seulement que mon regard les délivre. Faut-il la preuve de leur existence lorsqu’ils sont là, devant moi, imprimés sur ma rétine, avec leurs ailes déployées, immobiles encore, mais déjà prêts à l’envol ? Que faudrait-il de plus que leur apparition, que cette évidence même de leur présence ? Et pourtant, à peine les ai-je vus qu’il me faut déjà douter de ce que j’ai vu, comme si la rétine, elle aussi, pouvait mentir, comme si voir n’était plus qu’une manière particulièrement efficace de fabriquer des preuves qui ne prouvent rien. Au pied des arbres, dans de grands sacs de chantier, les restes d’un génocide — une vision en héritage. Le dernier rêve est celui que l’on fait éveillé. C’est le seul qui vaille peut-être encore quelque chose, parce qu’il ouvre les portes de la véritable vision, cette vision qui ne consiste plus à voir ce qui est là, mais à voir enfin ce que l’on ne peut plus voir autrement, car lorsque le rêve cesse avec le sommeil, il ne disparaît pas, il change seulement de lieu : il passe dans les yeux ouverts et commence alors à nous montrer le monde — le monde nu.
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journal — @brunoleyval