15.08.2026
Est-ce que j’avance parce que c’est réellement mon chemin, ou est-ce que j’avance parce qu’il faut bien prouver quelque chose — à quelqu’un, à moi-même, à cette part de moi qui ne supporte pas l’idée d’avoir vécu pour rien ? Tous ces pas, tous ces détours, toutes ces créations, toutes ces œuvres, toutes ces fatigues entassées dans le corps doivent bien avoir une raison d’être. Il faut bien qu’ils signifient quelque chose. Il le faut absolument, sans quoi tout s’effondre. Il serait insupportable de découvrir qu’après avoir tant marché, tant souffert de la marche, tant arraché de moi-même à la marche, je ne suis peut-être allé nulle part. La métanoïa a forcément eu lieu. Quelque chose a dû se briser, quelque chose a dû se reconstruire, quelque chose a dû changer de place dans la chair et dans l’esprit. C’est une évidence, non ? Alors je continue. Je continue parce que continuer est devenu la seule preuve qu’il me reste, la seule trace tangible de cette transformation. Mettre un pied devant l’autre pour opposer une résistance au néant, pour que le mouvement puisse à lui seul démontrer que le chemin existe. Mais peut-être n’existe-t-il pas. Éternel doute du pèlerin qui, en marchant, ne fait que s’éloigner, avec une obstination magnifique et sacrée, de l’endroit même où il aurait dû rester pour tout trouver. Savoir pourquoi il marche et vers quoi, alors qu’il suffit de rester sur place pour voir.
—
journal — @brunoleyval