Le poète marche
— notes
Le poète marche dans les avenues de nulle part, les pavés respirent sous ses pas, casque de cornes dressé contre le vacarme des illusions et des sirènes invisibles, les murs gémissent, les lampadaires murmurent, chaque souffle un vers qui se déplie, fils de silence et de vent, frère des pulsations antiques et des fugues du ciel, invoquant dans chaque souffle un monde souterrain qui brûle et qui erre, debout dans le souffle des métros comme un oracle perdu, psalmodiant des symétries que personne ne lit, entendant l’ordre secret qui tremble sous le chaos des klaxons et des horloges folles, et le lieu hurle avec lui, résonnant de ses mots, de ses phrases faites de verre, de bois, de poussière et de vent, les bâtiments frémissent comme cordes de géants, les trottoirs s’ouvrent en harmonies invisibles, il rit sans bouche, souffle du vent entre les ponts, compose des fugues de poésie pour les chiens errants, les pigeons du matin, des messes pour les feux rouges et les tramways qui sifflent dans le vide, chaque mot un éclat de lune sur le béton fissuré, chaque silence un cri suspendu, et les passants qui passent sentent le vertige doux et terrible d’une symphonie jamais écrite, sauf par lui, le poète, maître des rythmes et des formes qui font danser les statues et pleurer les horloges, car tout est poésie, tout est souffle, tout est un seul corps vibrant avec lui, le poète de nulle part, le poète des ruines et des vents, le poète qui hurle et qui rit, qui disparaît et revient, toujours.